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 Vampyre, passages Vassia [B]

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Fëa
Premier roman
Fëa


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Date d'inscription : 29/03/2007

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MessageSujet: Vampyre, passages Vassia [B]   Vampyre, passages Vassia [B] EmptyMer 8 Oct - 14:04

En attente d'introduction, voir de suppression parce que la fin ne me plait pas. Bâclage powa. A revoir.

Janvier 1924 - Vassia

Ses pieds effleuraient le parquet.
Depuis qu'il vivait sous la garde de Iossif, Vassia mesurait ainsi les maigres efforts de sa croissance. L'après midi, de trois à cinq heures, Iossif insistait pour que l'enfant travaille sur les gros grimoires de la bibliothèque, ceux qu'on avait ramenés de son ancienne maison. Il n'y avait dans le bureau qu'un seul siège, haut, profond, dans lequel Vassia pouvait s'enfoncer à loisir. Même lorsqu'il s'asseyait bien sur le bord, ses jambes n'avaient jamais été assez longues pour aller jusque terre. Ainsi avait-il décidé que, le jour où ses pieds pourraient toucher le bois, il serait un grand garçon. Iossif avait promis de lui apprendre à faire le chat dès qu'il serait un grand garçon. Mais est-ce que cela comptait, une petite ombre d'orteil ? Etait-il assez grand ? Voilà qu'il lisait la même phrase pour la troisième fois. Peut être ferait-il bien d'aller demander tout de suite s'il était assez grand. Et puis ses doigts devenaient tout humides à force d'excitation et laissaient de traces sur le livre. Vassia referma l'ouvrage.
Oui, Iossif ne lui en voudrait pas. Il suffisait juste que le bout des pieds touche un tout petit peu. Pour faire le chat !

Vassia descendit du grand fauteuil et trotta jusqu'à la porte du bureau. De là, dans le couloir, et du couloir vers l'escalier. Le bureau était au rez-de-chaussée. Ses pieds claquaient sur les marches comme sur les touches d'un piano. L'image lui plaisait et l'enfant l'invoquait à chaque descente sautillante. Tap, tap, et un coup grinçant sur la quatrième marche, peut être plus usée que les autres. Puis la dalle dure et sans vie. Il restait dans le bois un brin d'esprit chaud que la pierre ne possédait jamais. C'étaient là les mots de Iossif ; mais Iossif n'aimait pas le bois. Il n'aimait que l'acier dur et artificiel. Top, top sur la dalle, vers le bureau et la porte entrouverte d'où s'écoulaient les voix graves des adultes.
"… besoin d'en arriver là. Trotsky se méfie déjà bien assez.
-Comme s'il pouvait faire quoi que ce soit." Raclement de chaise. "De toute façon, c'est une question de merci, maintenant. Si tu voulais que Lénine vive, il fallait le dire avant que nous passions deux ans à l'empoisonner.
-Justement. Ce n'est pas comme s'il pouvait encore…
-Tant qu'il est vivant, il peut. Le problème sera réglé ce soir.
-Je ne peux rien y faire.
-Non." Silence. Le froid de la dalle de pierre remontait dans les jambes de Vassia ; ou était-ce une froide terreur ? De nouveau la trace de Pandore ? Avait-il, en quittant l'étude du grimoire, entrouvert encore un peu plus la boîte ? L'enfant ne supportait pas le givre sur la voix de Iossif. Dans son esprit de petit garçon, leur rencontre dans le sang et sur le cadavre de ses pères s'était figé en cauchemar lointain, une sale histoire inventée par une imagination malsaine.
Des pas dans le bureau.
"Vassia."
Iossif.
Vassia leva la tête et sourit ; mais il eu peur d'aller vers Staline et oublia même un instant ce qu'il était venu chercher. Puis il se souvint et cela effaça un peu de la crainte : il n'était pas venu pour espionner. "Mes pieds touchent par terre, dans le grand fauteuil." L'enfant étira sa colonne pour se grandir. "Maintenant, est-ce que je peux apprendre le truc du chat ?" Un peu d'enthousiasme revenait et Iossif n'avait pas l'air de vouloir lui faire du mal. Peut être ne savait-il pas que Vassia l'avait entendu. "Vous aviez promis que vous m'apprendriez quand je serai un grand garçon."
Iossif parut réfléchir, puis ses joues se crispèrent et tirèrent sa bouche en un sourire indulgent. Il ouvrit une main et la tendit en avant ; Vassia s'avança pour y glisser la sienne, même s'il aurait voulut dire qu'à présent, il était trop grand pour qu'on le tienne par la main. Mais contredire Iossif ? Il se laissa amener dans le bureau où un homme à fines moustaches, une barbiche au menton, était assis. Ses doigts grattaient nerveusement contre l'accoudoir de sa chaise.
"Je te présente Félix Edmundovitch Dzerjinski. Il travaille à la Tcheka. Tu connais la Tcheka ? ("Non.") La Tcheka est une organisation qui cherche les méchants pour les empêcher de faire du mal." Vassia acquiesça en silence. Etait-ce pour cela que le camarade Dzerjinski était ici ? Pour empêcher que Iossif ne fasse du mal ? Staline retourna à son bureau. Vassia resta debout.
"Mon ami Félix est aussi occultiste, vois-tu. Si tu le demandes gentiment, il te montrera peut être comment faire le chat." Les deux hommes échangèrent un regard pesant. Vassia aurait voulut demander à Iossif de le faire ; il y avait quelque chose de dérangeant à l'idée de voir un inconnu se montrer ainsi. Il parut, un instant, que Dzerjinski allait refuser et il ouvrit même la bouche -pour le faire ?- avant de se raviser. Il appuya alors sont dos à l'arrière de son fauteuil, croisa les bras sur la poitrine, sous la place du cœur ; enfin, il ferma les yeux et expira.
D'abord, il ne se passa rien. Vassia plissa les yeux, mais il ne distinguait rien, même ainsi. Puis l'espace au dessus des bras de Dzerjinski devint flou, puis l'image de son esprit se matérialisa : un chat au poil brun, court mais épais, grisé par endroits. Le chat d'abord ne bougea pas, puis sa queue, alors enroulée autours de ses pattes, dégringola jusqu'aux genoux de l'homme. La bête-esprit s'étira, ouvrit les yeux sur Vassia, lui offrit un regard long et curieux. Mais ses griffes s'enfonçaient dans les manches de son vêtement, ses oreilles frémissaient vers l'arrière. Sa silhouette matérielle ne contenait nul plaisir, n'exprimait pas de confort à se dévoiler ainsi sous les yeux de l'enfant. Sa queue sa balança encore, nerveuse, alors que les pupilles fendues dardaient sur Iossif des étincelles de colère. Enfin le chat disparu ; Vassia s'entendit expirer. Les paupières se soulevèrent et l'âme, de retour dans le corps humain, gardait quelque chose du félin à la fourrure grisonnante : une ombre d'épuisement, une dureté volontaire qu'elle effaçait à peine. Le regard de Dzerjinski s'appuyait contre celui de Staline avec une sorte de défi muet que Vassia ne comprit pas.
Jeu d'adulte ; Pandore s'y était déjà brûlée les doigts. La gorge de l'enfant s'encombrait de douloureuses contractions. La démonstration de l'occultiste avait quelque chose d'une défaite. Etait-ce d'avoir laissé son corps vide face à Iossif qui l'avait fait hésiter ? Ou se montrer en temps que chat portait-il la marque d'un acte personnel, profondément intime, une révélation de l'âme impropre à la vue de l'étranger ? Pandore avait-elle encore frappé, sur Dzerjinski pour cette fois… et qui en serait la victime au prochain coup ? Quel mal Iossif Staline pourrait-il sortir de la boîte ?
Tout envie d'apprendre désertait l'enfant. Ne pas savoir lui donnerait l'excuse pour ne jamais avoir à se révéler de la sorte.
"Eh bien, Vassia ? Tu ne remercies pas notre ami ?"
Plutôt le silence que l'hypocrisie. Le sixième sens du jeune occultiste, celui qui apportait contre sa peau les frissons étranges du monde des esprits, celui-là se rétractait avec révulsion. Jamais Iossif ne lui avait parut si monstrueux. Un instant, Dzerjinski lui-même, à ses yeux, ne fut qu'un masque ciselé de glace. Tout n'était qu'acier et neige et cristaux ourlés de lames tranchantes, le monde versait au violet. Et les chants, les chants que suppuraient les orchidées pourpres, rampant sur les murs, aux travers du bureau, les odeurs, et Iossif dont les lèvres s'agitaient sans bruit. Ses traits se tendirent de colère, il se levait et sa main s'abattait sur la joue de Vassia sans qu'il en sente rien. Il ne restait que les fleurs et les étranges reflets. Plus que l'onde et ses parfums, loin, loin de tout…
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